Partir seule en voyage, une folle idée?

Voilà maintenant quelques mois que je m’interroge sur la singularité, que dis-je l’effet « bombe » que peut parfois engendrer l’idée d’une femme seule en voyage.

A bas les préjugés sexistes, les différences paritaires homme-femme, et autre misogynie me direz-vous. Depuis quelques temps, sous l’effet de quelques observations bien marquées et notamment au sein du monde du travail, il ne semble plus seulement s’agir d’une confrontation homme-femme mais bien d’une remise en question du statut de la femme par la femme, de son implication en société, du féminin tel qu’il peut-être perçu dans notre culture « moderne ». Et ce, non plus uniquement par l’homme mais aussi par la femme (oui j’aime tordre le cou aux préjugés).

Le « Deuxième sexe » comme l’avait nommé Simone de Beauvoir a connu diverses révolutions quant à son statut, ses droits, sa place au sein de la famille… Je m’interroge alors sur ces moues féminines tantôt rieuses, tantôt perplexes quant à l’annonce d’un départ seule autour du monde à notre époque. Non, je ne vais pas rédiger un pamphlet rassurez-vous!

L’idée d’une volonté de préservation

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En premier lieu, j’ai observé que ce réflexe interrogateur ne provenait pas uniquement de l’homme et son célèbre modèle patriarcal (j’en profite pour vous parler de la série « The Handmaid’s tale » qui marque ce propos, un petit bijou ) mais bien de certaines femmes (oui, oui que trépasse si je faiblis!). Attention, loin de moi l’idée d’une généralisation, je parle bien de ce fait d’une partie de la population féminine.

En effet, ces dernières semblent affirmer qu’un individu ayant obtenu tant de droits, tant de reconnaissance (encore faudrait-il spécifier qu’elles se battent encore et notamment dernièrement avec l’accord du conseil national d’éthique à ouvrir la Procréation Médicalement Assistée aux femmes célibataires et homosexuelles) se doit de conserver une place résolument discrète. Aussi, éviter de voyager et s’exposer pleinement aux « surprises » de cultures étrangères ou tout autre danger, n’est plus une option mais un devoir (Attention Mesdames, prendre l’avion reste cependant un péril sur lequel je pourrais débattre!). Il reste important de constater que toute femme déploie une force de caractère qui lui est propre. De même que le contexte, l’environnement dans lequel elle évolue forge ce qu’elle deviendra.

A ces remarques s’ajoute parfois un profond maternalisme. La plupart d’entre elles étant mères, elles ressentent comme un besoin irrépressible d’exprimer leurs angoisses, de protéger. Une appréhension qui les pousse à s’invectiver face à un tel projet de départ s’imaginant alors leur propre fille se lancer dans l’aventure. L’effort de dissuasion étant tout à fait honorable mais vain.

La peur d’être une femme dans les pays étrangers

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Quelques femmes que j’ai croisées et qui tentent de comprendre ce besoin « fou » de partir, s’imaginent dans une culture assoiffée de sang subissant sévices corporels et psychologiques. Au delà de la caricature, certaines simplement perçoivent l’inconnu comme nécessairement dangereux. Comment les en blâmer lorsque la plupart ne voyagent que peu ou prou. Le célèbre adage « la peur n’évite pas le danger » n’étant pas applicable à tout le monde va s’en dire.

Il est évident que certains pays donnent matière à réflexion notamment ceux où les droits de la femme (et de l’homme plus généralement ) sont encore à l’état embryonnaire voire inexistants.

Je pense notamment à certains pays du Monde arabe et d’autres. Le Dr Denis Mukwege, Gynécologue congolais et détenteur du prix Nobel de la paix, a pu démontrer récemment que les femmes en République démocratique du Congo ne jouissent d’aucuns droits et subissent des sévices atroces. Dans ce pays où les droits de l’Homme semblent ignorés, les violences sexuelles ne sont pas faits sporadiques mais bien monnaie courante.

Rappelons tout de même que la plupart des pays arpentés par les voyageurs sont des nations dites démocratiques ( il me faudrait peut-être converser sur ce point car sous couvert de démocratie, certaines sont parfois totalitaires) où le risque zéro n’existe pas mais où les droits fondamentaux des hommes comme des femmes sont respectés. Le danger est partout (reste une échelle des risques à prendre en compte) que l’on soit dans une cité parisienne, provinciale, proche du Kremlin en Russie ou en Birmanie. D’aucun(e)s boycotteront certains pays, d’autres y verront une manière d’explorer, d’approcher une autre perception du monde.

Seule importe notre vision de l’univers, notre désir de voyager, notre volonté de s’informer. Chacun gère personnellement son baromètre des risques en voyage.

L’individu qu’il soit homme ou femme se doit d’être vigilant, d’écouter son instinct et de se renseigner sur les cultures qu’il va découvrir.

L’idée d’un effet miroir

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« On ne fait jamais ni tout ce qu’on peut, ni tout ce qu’on veut. » Citation de Voltaire ; Les pensées philosophiques (1862)

Se cache souvent derrière certain(e)s critiques ou certain(e)s moralisateurs, une envie de pouvoir faire et agir comme l’autre.

Lorsque certaines m’ont exprimé leur ressenti, je pensais pouvoir y percevoir une certaine tentation d’approcher un sentiment de liberté, d’aventure, d’adrénaline, d’inconnu. La femme dans ce qu’elle incarne l’émancipation, l’indépendance, la témérité, le féminisme ( Oui je me suis donnée sur l’accumulation !).

Il est aussi bon d’y voir à contrario un simple refus de partir, de quitter son foyer, sa sécurité. L’argument du célibat se présente alors parfois comme raison dominante à pouvoir agir et certaines se cachent derrière ce paravent (parapluie? bouclier? enfin derrière quoi!) pour justifier une impossibilité de s’échapper. Sans enfant, sans compagnon, sans attaches, il est nécessairement dans leur esprit plus réalisable de concrétiser ce projet. Rappelons qu’en effet, plusieurs contraintes financières, éducatives, professionnelles peuvent retarder un saut vers l’inconnu mais pas l’empêcher à plus long terme si le désir de partir transcende notre être (oui bon, j’ai peut-être été un peu loin).

Pour conclure, peut-on parler uniquement sexisme et misogynie dès lors que la Femme elle-même entreprend aussi de rejeter l’idée du voyage au féminin en solo, d’une aventure commune à l’homme comme à la femme, d’un désir commun aux deux sexes.

Il est donc important de rétablir une vérité ou tout du moins d’établir un constat, celui de dire que l’homme n’est pas seul à encore envisager une certaine « faiblesse » et une incapacité de la femme à s’auto-gérer dans sa vie d’aventurière ou quotidienne. C’est aussi et beaucoup le fait d’un certain pan de la gent féminine qui appuie dès lors les arguments rétrogrades d’une frange de la population. Sans aller contre le néo féminisme actuel, elles ne tendent tout simplement pas à concevoir une image plus libertaire, assumée de la femme.

Et bien non, partir en tant que femme et qui plus est seule n’est pas impossible, impensable, inachevable, d’autant plus de nos jours. En effet, rappelons que déjà dans les années 1800, Nellie Bly eut l’idée de se lancer dans un tour du monde en solitaire sans l’aide et l’accompagnement d’un homme ou de tout autre comparse. Elle l’acheva en soixante-douze jours.

Ainsi, s’agira t-il d’objecter le fait qu’une demoiselle tout comme un damoiseau (non pas le Rhum mais le jeune homme au temps du moyen âge) peut entreprendre d’assurer sa protection, d’apprendre de l’autre, d’avancer ses connaissances théoriques et pratiques sur le terrain. Cela passe bien sûr par une reconnaissance de caractéristiques humaines et intellectuelles communes aux deux sexes, une acceptation non pas d’une égalité (cela reste un autre débat) homme-femme mais d’un socle commun, d’un partage d’une humanité commune sans asseoir de dominante.

Le voyage d’une femme seule est synonyme d’ouverture, d’émancipation, d’abandon, d’impertinence peut-être parfois (oui, oui, pour certaines ne s’agit t-il pas de provoquer Papa, Maman ou Mamie Janine quand ces derniers tendent à vouloir nous prouver toute l’erreur de se lancer dans l’aventure?).

Voyager en solo, en solitaire, c’est l’occasion d’exprimer toutes nos capacités, nos compétences, nos pensées, nos folies, nos douleurs, notre « moi »…

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Et vous, avez- vous déjà ressenti un certain jugement sur votre voyage en solo? Quelle est votre approche du périple en solitaire?

N’hésitez pas à donner votre avis, je serais ravie de vous lire 🙂

A bientôt les Mistouflons !